L’IMC fait partie de ces chiffres que l’on traite comme un test de personnalité, alors qu’il s’apparente davantage à une carte approximative. Il peut s’avérer véritablement utile pour détecter un risque à un stade précoce et engager la conversation, mais il peut aussi induire en erreur de manière évidente, car le corps n’est pas un tableau Excel, et le rapport poids/taille ne permet pas de savoir où la graisse est stockée, quelle est votre masse musculaire, ni quels sont vos résultats d’analyses. La meilleure façon de l’utiliser est de le considérer comme un point de départ, et non comme un jugement définitif, et idéalement en complément d’autres mesures auxquelles un clinicien accorderait réellement de l’importance. Voici 10 raisons pour lesquelles l’IMC est important, et 10 raisons pour lesquelles il ne l’est pas.
1. C'est un signal de dépistage rapide
L’IMC est facile à calculer et offre un moyen rapide et standardisé de repérer les cas potentiels d’insuffisance ou d’excès de poids qui mériteraient d’être examinés de plus près. C’est pourquoi les services de santé publique et les cabinets médicaux l’utilisent si largement, tout en reconnaissant qu’il ne s’agit pas d’une mesure directe de la masse graisseuse.
2. Cela permet de repérer les tendances au niveau de la population
Lorsqu’on examine de larges groupes de population, l’IMC est utile pour suivre l’évolution des catégories de poids au fil du temps et identifier les domaines où les risques augmentent. Ce n’est pas un outil parfait, mais il est fiable, c’est pourquoi il est utilisé dans le cadre de la surveillance de la santé publique.
3. Cela peut être lié à des risques pour la santé
L’IMC ne permet pas d’évaluer l’état de santé, mais des valeurs d’IMC élevées sont souvent associées à des taux plus élevés de certains troubles cardiométaboliques au sein de la population. C’est en partie pour cette raison qu’il est toujours utilisé comme outil de dépistage, et non comme outil de diagnostic.
4. Cela permet d'établir une base commune
L’IMC offre aux cliniciens, aux chercheurs et aux patients un langage commun pour entamer la discussion. Il ne dit pas tout, mais il permet d’éviter les débats flous sur ce qui est considéré comme sain lorsqu’il s’agit de déterminer les examens à réaliser ensuite.
5. Il peut également signaler un risque de malnutrition
On parle souvent de l’IMC en termes de prise de poids, mais un IMC trop bas peut être tout aussi préoccupant, notamment en cas de fragilité, de faible masse musculaire ou d’apports alimentaires insuffisants. Ce n’est pas un hasard si les catégories d’IMC couvrent les deux extrêmes.
6. C'est utile lorsque les autres outils ne sont pas disponibles
Les examens DEXA et autres outils d’analyse de la composition corporelle peuvent être très utiles, mais ils ne sont pas toujours accessibles ni abordables. L’IMC est souvent la seule mesure dont disposent les gens, et il vaut mieux utiliser un outil imparfait que de ne rien utiliser du tout.
7. C'est un moyen simple de suivre l'évolution au fil du temps
Même si l’IMC ne donne pas une image parfaitement fidèle de la situation, les tendances peuvent être révélatrices. Si l’IMC évolue rapidement dans un sens ou dans l’autre, ce changement à lui seul peut justifier de se pencher sur le sommeil, le stress, les médicaments, l’activité physique, l’alimentation ou d’éventuels problèmes de santé sous-jacents.
8. Cela contribue à normaliser la recherche
De nombreuses études médicales et de santé publique continuent d’utiliser l’IMC, car cette donnée est largement recueillie et facile à comparer d’un ensemble de données à l’autre. Cette normalisation permet notamment aux chercheurs d’identifier des tendances générales et des signaux de risque.
9. Cela peut inciter les clients à s'enregistrer plus tôt
Pour beaucoup de gens, l’IMC est le premier signal qui les incite à faire vérifier leur tension artérielle, leur glycémie, leur taux de lipides, leur risque d’apnée du sommeil ou leurs problèmes articulaires. Ce n’est pas le chiffre en soi qui importe, mais il permet de soulever les bonnes questions pour la suite.
10. C'est pratique dans des situations réelles et mouvementées
Dans le domaine de la santé, les décisions doivent souvent être prises rapidement et le temps est souvent compté. L’IMC est utilisé en partie parce qu’il est rapide, reproductible et ne nécessite aucun équipement particulier, si ce n’est une balance et un mètre ruban. Voici une façon utile d’envisager les dix points suivants : l’IMC peut être utile tout en donnant une image erronée de votre situation.
1. Il ne mesure pas directement la graisse corporelle
L’IMC est un rapport entre le poids et la taille, et non une mesure directe de la masse graisseuse. Deux personnes peuvent avoir le même IMC tout en présentant une composition corporelle et un état de santé très différents.
2. Il ne tient pas compte de la répartition des graisses
L’emplacement des kilos en trop est important, en particulier au niveau de l’abdomen. C’est pourquoi certaines recommandations préconisent d’utiliser le rapport taille-taille ou d’autres mesures de la taille, car l’IMC à lui seul ne reflète pas bien l’obésité abdominale.
3. Il peut classer à tort les personnes musclées
Une personne ayant une masse musculaire plus importante peut se retrouver dans la tranche d’IMC correspondant à un surpoids sans pour autant avoir un excès de graisse. Il s’agit là d’une limite bien connue, et c’est l’une des raisons pour lesquelles l’IMC doit être replacé dans son contexte.
4. Sa précision peut varier selon l'âge
Le corps évolue avec l’âge : la masse musculaire, la densité osseuse et la répartition des graisses changent. Un seuil unique ne reflète pas toujours le même niveau de risque pour la santé à différentes étapes de la vie.
5. Cela ne tient pas compte des différences entre les populations
Les seuils d’IMC ne correspondent pas parfaitement au risque pour chaque groupe, et les principales organisations médicales ont souligné leurs limites en fonction de l’origine ethnique, de la race, du sexe, du genre et de la tranche d’âge. Ce n’est pas une simple note de bas de page ; cela a une incidence sur les décisions cliniques concrètes.
6. Cela peut détourner l'attention de signaux plus utiles
Si l’IMC fait la une, cela peut occulter des éléments souvent plus exploitables, comme la tension artérielle, l’hémoglobine glyquée (A1C), les triglycérides, la force musculaire, la qualité du sommeil ou la capacité cardiorespiratoire. Une personne peut présenter un IMC élevé et d’excellents marqueurs métaboliques, ou au contraire un IMC faible et des facteurs de risque importants.
7. Cela peut inciter à se fixer des objectifs trop simplistes
Lorsque l’objectif devient d’atteindre un certain poids plutôt que d’adopter de meilleurs comportements en matière de santé, on peut se mettre à rechercher une perte de poids rapide par des moyens qui finissent par se retourner contre soi : régimes drastiques, surentraînement ou oscillation entre deux extrêmes. L’IMC ne permet pas de savoir si cette perte de poids résulte d’une perte de graisse, d’une perte musculaire, d’une déshydratation ou d’un autre facteur.
8. Cela ne vous apprend rien sur son fonctionnement
L’IMC ne permet pas de savoir si vous pouvez monter les escaliers sans être essoufflé, si vous êtes assez fort pour porter vos courses ou si vos articulations vous semblent stables. La fonctionnalité et la qualité de vie sont importantes, et l’IMC ne donne aucune indication à ce sujet.
9. Cela peut conduire à des raccourcis cliniques par facilité
L’IMC est censé être un outil de dépistage, mais il est parfois utilisé comme un diagnostic. Cela peut conduire à passer à côté des causes profondes, à négliger certains symptômes ou à donner des conseils généraux qui ne correspondent pas aux besoins réels de la personne qui se trouve en face de vous.
10. Cela peut créer une stigmatisation néfaste
Lorsque l’IMC est considéré comme une note morale, les gens évitent de se faire soigner, évitent les salles de sport, évitent les bilans de santé, ou ont l’impression que leur santé est jugée avant même que quiconque ne leur pose une véritable question. Même l’AMA a souligné à la fois les avantages et les inconvénients, ce qui est une façon polie de dire que cette utilisation abusive est courante et coûteuse.