10 craintes liées à la fertilité qui méritent qu’on s’y attarde et 10 que les marques de bien-être exploitent
L’anxiété liée à la fertilité a le don de rendre le quotidien particulièrement pesant. Un retard de règles, l’annonce de la grossesse d’une amie, un résultat d’analyse ou une publicité ciblée un peu bizarre peuvent faire basculer l’esprit vers le pire des scénarios. Certaines craintes méritent une attention particulière, car elles peuvent indiquer un problème qu’il vaut la peine d’examiner, de traiter ou de prendre en compte dans ses projets. D’autres sont celles que les marques de bien-être adorent exagérer, car il est plus facile de vendre à des personnes effrayées. Voici 10 craintes liées à la fertilité qu’il convient de prendre au sérieux, suivies de 10 autres qui sont souvent embellies, lissées et vous sont revendues.
1. Règles irrégulières
Un cycle n’a pas besoin d’être régulier comme une horloge, mais des règles systématiquement irrégulières peuvent être un véritable signe d’alerte. Des cycles très longs, des règles manquées ou des saignements imprévisibles peuvent indiquer des troubles de l’ovulation, des problèmes thyroïdiens, un SOPK, du stress, des variations de poids ou d’autres causes médicales. Des cycles qui s’écartent systématiquement de la norme, des saignements entre les règles ou l’absence de règles pendant plusieurs mois sont autant de raisons de consulter un médecin.
2. Essayer pendant un an sans y parvenir
Si aucune grossesse n’est survenue après 12 mois de rapports sexuels réguliers sans protection, cette inquiétude mérite mieux que de simples paroles rassurantes de la part de vos proches. Il est peut-être temps de procéder à un bilan de fertilité, non pas parce qu’il y a forcément un problème, mais parce qu’attendre plus longtemps pourrait retarder l’obtention d’informations utiles.
3. Essayer pendant six mois après 35 ans
L’âge ne rend pas la grossesse impossible, mais il modifie le calendrier. Après 35 ans, de nombreux professionnels de santé recommandent de procéder à un bilan après six mois d’essais plutôt que d’attendre une année entière. Cela n’a pas pour but d’effrayer qui que ce soit. Il s’agit plutôt de gagner du temps, car les examens de fertilité et les décisions thérapeutiques peuvent prendre des mois.
4. Douleurs menstruelles intenses
Les crampes sont courantes, mais il ne faut pas considérer comme normales les douleurs qui perturbent le travail, le sommeil, la vie intime ou la vie quotidienne. Les douleurs pelviennes intenses peuvent être liées à des pathologies telles que l’endométriose, les fibromes, les maladies inflammatoires pelviennes ou d’autres problèmes susceptibles d’affecter la fertilité. Cette crainte mérite qu’on s’y attarde, car le simple fait de supporter ces souffrances ne constitue pas un traitement.
5. Antécédents connus d'endométriose
L’endométriose n’entraîne pas systématiquement une infertilité, mais elle a une incidence certaine sur la planification familiale. Selon sa gravité, elle peut affecter les ovaires, les trompes, provoquer une inflammation et modifier l’anatomie pelvienne. Si une personne souffre d’endométriose avérée ou suspectée et souhaite avoir des enfants, il est judicieux d’aborder dès que possible les questions relatives au moment opportun, aux options possibles et aux examens à réaliser, plutôt que d’attendre en silence.
6. Antécédents d'infection pelvienne ou d'IST
Une infection passée ne condamne personne, mais certaines infections non traitées ou graves peuvent affecter les trompes de Fallope. C’est important, car les trompes ne sont pas simplement des structures anatomiques secondaires. C’est là que le spermatozoïde et l’ovule se rencontrent généralement. En cas d’antécédents de maladie inflammatoire pelvienne, de chlamydia, de gonorrhée ou d’infection pelvienne compliquée, il convient d’aborder sérieusement la question de la fertilité avec un médecin.
7. Fausses couches à répétition
Une fausse couche est déchirante et n’est souvent pas due à une faute de la personne concernée. Les fausses couches à répétition, c’est autre chose. Elles méritent d’être examinées avec attention, de faire l’objet d’une écoute bienveillante et d’être prises en charge par un professionnel de santé qui ne les réduira pas à un simple coup du sort. Il ne s’agit pas de promettre une réponse claire à chaque fois, mais de rechercher, dans la mesure du possible, les facteurs pouvant être traités.
8. Infertilité d'origine masculine
Les discussions sur la fertilité accordent encore trop d’importance au corps des femmes. Le nombre de spermatozoïdes, leur motilité, leur morphologie, les hormones, les médicaments, l’exposition à la chaleur, les varicocèles et les facteurs liés au mode de vie peuvent tous jouer un rôle. Une analyse de base du sperme fait souvent partie du bilan d’infertilité, et ne pas la réaliser peut entraîner une perte de temps, tandis qu’un des partenaires porte seul le poids émotionnel de la situation.
9. Saignements très abondants
On peut ignorer pendant des années des saignements abondants, surtout dans les familles où les règles douloureuses sont considérées comme un trait de caractère. Mais si les protections sont rapidement saturées, si les saignements durent plus d’une semaine ou s’il y a des saignements entre les règles, il peut être utile de consulter un médecin.
10. Traitements médicaux pouvant affecter la fertilité
Certains traitements contre le cancer, certaines interventions chirurgicales, certains médicaments destinés aux maladies auto-immunes et certaines affections liées aux hormones peuvent avoir un impact sur la fertilité. Ce n’est pas une raison pour paniquer à chaque fois qu’on vous remet une ordonnance. C’est une raison pour poser des questions précises avant le début du traitement, dans la mesure du possible. La préservation de la fertilité est une question urgente, et chacun a le droit de connaître ses options avant que des décisions ne soient prises à sa place.
Voici maintenant 10 craintes qui sont souvent exagérées, reformulées et vendues sous forme de poudres, de programmes, d’applications de suivi et de promesses vagues.
1. Ne pas acheter de compléments alimentaires pour la fertilité
Une vitamine prénatale classique peut s’avérer utile pour préparer une grossesse, notamment pour son apport en acide folique. Mais cela n’a rien à voir avec l’achat d’une multitude de gélules pour la fertilité dont les rayons regorgent et qui font des promesses mirobolantes. La FDA a mis en garde les entreprises contre les compléments alimentaires non éprouvés prétendant traiter ou prévenir l’infertilité, et la FTC a signalé les allégations marketing relatives à la fertilité qui ne reposent pas sur des données scientifiques solides.
2. Prendre un repas qui n'est pas parfait
Un dîner à emporter ne compromet pas la fertilité. Une part de gâteau n’empêche pas l’ovulation. Le marketing du bien-être transforme souvent l’alimentation en une question de morale, mais la fertilité ne dépend généralement pas d’un seul repas. Ce sont les habitudes alimentaires qui comptent, bien plus que les repas pris isolément.
3. Ne pas faire de cure détox
Le corps dispose déjà de mécanismes de détoxification. Il s’agit du foie, des reins, des poumons, de l’intestin, de la peau et du système lymphatique. Une cure de détoxification pour la fertilité mise généralement davantage sur le sentiment de contrôle que sur des preuves concrètes. Si un produit prétend à la fois purifier les organes reproducteurs, rééquilibrer les hormones et favoriser la conception, le signal d’alarme est on ne peut plus clair.
4. Utilisation du plastique à usage unique
Il est légitime de s’inquiéter des perturbateurs endocriniens et de l’exposition à ces substances dans l’environnement. Il n’est en revanche pas raisonnable de faire croire à quelqu’un qu’il est condamné parce qu’il a bu dans une bouteille en plastique à l’aéroport. Les marques axées sur le bien-être réduisent souvent une question complexe de santé publique à un sentiment de culpabilité personnelle. Or, cette culpabilité est plus facile à monnayer qu’un changement de politique.
5. Ne pas suivre le cycle des graines à la lettre
Les graines peuvent être nutritives. Les graines de lin, de courge, de sésame et de tournesol s’intègrent parfaitement dans une alimentation équilibrée. Mais l’idée selon laquelle leur consommation selon un calendrier strict permettrait de réguler de manière fiable les hormones ou de remédier aux problèmes de fertilité est souvent avancée avec plus d’assurance que ne le justifient les preuves scientifiques. L’alimentation peut favoriser la santé sans pour autant devenir un centre de contrôle hormonal.
6. L'absence de la fenêtre d'application idéale
Le suivi de l’ovulation peut être utile, mais les applications ne sont que des prévisions, pas des oracles. Chaque corps est différent, les cycles varient, et le stress peut réduire un calendrier numérique bien ficelé à une simple fiction. Manquer une période de fertilité prévue est frustrant, mais ce n’est pas un échec personnel. Cette crainte devient exploitable lorsqu’une application vous donne l’impression d’être négligente simplement parce que vous avez un corps humain.
7. Boire du café
La caféine peut avoir un impact à forte dose, et toute personne qui essaie de concevoir un enfant peut demander à un professionnel de santé quelle limite est raisonnable. Mais les contenus consacrés au bien-être transforment souvent une simple tasse de café en une véritable scène de crime pour la fertilité. Le problème, c’est le ton utilisé. Si ces conseils donnent l’impression que le petit-déjeuner est dangereux, ils risquent de susciter de l’anxiété plutôt que d’apporter des éclaircissements.
8. Avoir été stressé une fois
Le stress chronique peut avoir des répercussions sur la santé, le sommeil, la vie sexuelle, les relations et les cycles menstruels. Mais le fait d’être stressée par la question de la fertilité ne signifie pas que vous soyez responsable de votre infertilité. Cette idée est particulièrement cruelle, car elle transforme la souffrance en culpabilité. La relaxation peut aider à mieux gérer la situation, mais elle ne doit pas être présentée comme la garantie qu’une grossesse surviendra si l’on parvient enfin à se détendre correctement.
9. Ne pas être assez propre
Beauté saine, alimentation saine, mode de vie sain, équilibre hormonal. Le mot « sain » joue un rôle émotionnel important dans le marketing lié à la fertilité. Il donne l’impression que la vie moderne ordinaire est contaminée, puis propose tout un panier de solutions. Certains changements peuvent être raisonnables, mais la pureté n’est pas un programme de fertilité.
10. La quête du corps parfait
Le poids, l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et les problèmes de santé peuvent tous avoir une incidence sur la santé reproductive. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille avoir un corps parfait pour être fertile. Les marques axées sur le bien-être laissent souvent entendre qu’il faut d’abord « optimiser » son corps avant de mériter de concevoir un enfant. Une véritable prise en charge est plus humaine que cela. Elle tient compte de la santé, du contexte, de l’accès aux soins, de l’histoire personnelle et du moment choisi, sans transformer chaque personne en un simple projet.