Autrefois, on accordait un peu d’intimité à un corps normal. On pouvait se sentir un peu patraque, un peu mou, un peu fatigué, sans que cela ait besoin d’un nom. Puis la culture de la santé a trouvé le moyen de rendre suspectes ces petites choses humaines tout à fait ordinaires. Un estomac gonflé après le déjeuner est devenu un signe de ballonnement. Une matinée fatigante est devenue un manque d’optimisation. Une ride, une envie ou une semaine plus calme sont soudainement apparues comme quelque chose à corriger, à surveiller, à resserrer, à purifier ou à expliquer. C’est ainsi que les corps normaux sont devenus des projets, et ces 20 tendances ont contribué à cette évolution.
1. L'obsession du ventre plat
L’estomac est censé bouger, se plier, se dilater et changer de forme tout au long de la journée. La culture du bien-être a, d’une manière ou d’une autre, transformé un ventre normal après le déjeuner en signe d’échec. L’idée selon laquelle l’abdomen devrait rester plat du matin au soir a conduit des millions de personnes à se méfier du simple processus de digestion.
2. Thés détox
Le corps dispose déjà d’un système de détoxification, et celui-ci ne se cache pas dans une boîte aux couleurs pastel de thé laxatif. Ces tendances ont donné l’impression que la sensation normale de satiété, la rétention d’eau et les habitudes d’aller aux toilettes étaient des toxines qu’il fallait éliminer. Elles ont surtout vendu un sentiment d’urgence, accompagné d’une touche de déshydratation.
3. Une alimentation saine
Le fait de manger davantage d’aliments complets n’est pas le problème. Le problème commence lorsque le « sain » devient une catégorie morale et que tout le reste est considéré comme « malsain ». Un sandwich, une part de gâteau ou un bol de céréales pris tard le soir ne devraient pas nécessiter de justification.
4. Ceintures amincissantes
Les ceintures amincissantes ont transformé le fait de respirer confortablement en quelque chose qui semblait étrangement paresseux. Elles promettaient discipline, silhouette et maîtrise, mais donnaient surtout l’impression que les torses normaux étaient des constructions inachevées. Les corps n’ont jamais été faits pour être serrés de force dans l’obéissance huit heures par jour.
5. L'écart entre les cuisses
La « fente entre les cuisses » faisait partie de ces tendances qui laissaient entendre que la structure osseuse relevait d’un choix de vie. Certaines personnes en ont une, la plupart n’en ont pas, et aucun de ces deux faits n’a de réelle incidence sur la santé. Pourtant, Internet a réussi à faire de ce simple contact entre les cuisses une véritable crise.
6. Le jeûne intermittent en fonction de la personnalité
Certaines personnes se sentent bien avec des horaires de repas bien définis, et c’est tout à fait normal. Mais cette tendance a donné l’impression que la faim ordinaire était un signe de faiblesse et que ne pas prendre de petit-déjeuner relevait d’un défaut moral. Ce n’est pas parce qu’on a l’estomac qui gargouille qu’on fait forcément une avancée en matière de bien-être.
7. L'obsession du nombre de pas
Marcher, c’est bien. Mais quand on en vient à transformer chaque journée en une sorte de négociation silencieuse avec un bracelet connecté, les choses deviennent étranges. Si votre nombre de pas diminue après une semaine difficile, cela ne veut pas dire que votre corps vous a trahi ; cela signifie peut-être simplement que vous aviez besoin de repos.
8. Tout sur le collagène
Le collagène est passé du statut de simple protéine à celui de remède miracle contre les problèmes de beauté. Du jour au lendemain, le vieillissement cutané, les articulations qui craquent et le simple passage du temps ont été traités comme des urgences que l’on pouvait résoudre en ajoutant une cuillère de collagène à son café. Cette tendance a fait croire que vieillir n’était peut-être pas une fatalité, à condition de s’y employer avec suffisamment d’ardeur.
9. La panique autour de la santé intestinale
La santé intestinale est importante, mais tous les rots ne sont pas révélateurs d’un problème de santé. Le marketing du bien-être a transformé la digestion en un royaume intérieur mystérieux qu’il faut sans cesse tester, nourrir, purifier et corriger. Parfois, votre estomac ne va pas mal ; il vient simplement d’ingérer de l’ail.
10. Le biohacking du sommeil
Autrefois, le sommeil était le moment où le corps pouvait enfin se reposer en paix. Aujourd’hui, il est surveillé, noté, optimisé, régulé, enrichi de compléments et évalué avant même que vous ne posiez le pied par terre. Une nuit agitée est désagréable, mais elle ne doit pas se transformer en évaluation de performance.
11. Accessoires pour améliorer la posture
Une bonne posture peut aider, mais le corps humain n’est pas fait pour rester assis toute la journée comme sur une chaise de salon d’exposition. Ces gadgets ont transformé le simple fait de se voûter en une véritable catastrophe personnelle. Parfois, le vrai problème, ce n’est pas votre colonne vertébrale ; c’est la chaise, l’ordinateur portable et ces huit heures d’affilée passées à faire semblant d’adopter une posture ergonomique.
12. Routines anti-âge
Prendre soin de sa peau peut être un vrai plaisir. Mais considérer chaque ride, chaque ombre, chaque pore et chaque tache comme un problème à corriger, c’est tout autre chose. L’industrie anti-âge a transformé le fait de vivre assez longtemps pour que cela se voie en un défaut.
13. Le culte des protéines
Les protéines sont importantes, notamment pour la force et la satiété. Mais cette obsession a fini par rendre les repas normaux suspects, à moins qu’ils ne soient accompagnés d’une valeur chiffrée. Toutes les collations n’ont pas besoin d’être un événement stratégique en matière de macronutriments.
14. Défis du gallon d'eau
S’hydrater, c’est bien, mais trimballer une énorme bouteille partout avec soi peut donner l’impression que la soif est un sport de compétition. Cette tendance a transformé un simple signal de l’organisme en un élément de plus à surveiller, à forcer et à afficher. Parfois, boire quand on a soif n’est pas un échec ; c’est simplement la biologie qui fait son travail.
15. Pas de panique face aux glucides
Depuis des décennies, les glucides sont tour à tour considérés comme les méchants. Le pain, le riz, les pommes de terre et les pâtes ont cessé d’être considérés comme des aliments de base ordinaires pour être perçus comme des écarts que l’on doit justifier. Pourtant, la plupart des organismes ont besoin d’un apport énergétique régulier, et la plupart des repas sont meilleurs lorsqu’ils ne sont pas dictés par la peur.
16. La surveillance de la glycémie pour tous
Pour les personnes qui ont besoin de surveiller leur glycémie, cette technologie peut s’avérer vraiment utile. Mais le fait de transformer chaque légère hausse de glycémie en un véritable scandale a donné l’impression que manger relevait de la surveillance. Manger une banane ne devrait pas être perçu comme une violation de données.
17. La routine matinale idéale
Les routines matinales peuvent être utiles, jusqu’à ce qu’elles deviennent une nouvelle occasion d’échouer avant même 8 heures du matin. Se réveiller, s’hydrater, écrire son journal, s’étirer, méditer, marcher, lire, préparer un smoothie et respirer correctement… et pourtant, il reste toujours la lessive à faire. Une matinée normale, avec des toasts et un peu de confusion, n’est pas synonyme d’une vie ratée.
18. La sueur comme preuve
À un moment donné, la sueur est devenue la preuve d’un bon entraînement. Si l’on n’était pas trempé, à bout de souffle et un peu épuisé, cela ne comptait soi-disant pas. Mais la force, la souplesse, l’équilibre et la régularité ne s’acquièrent pas toujours au prix d’une transpiration abondante.
19. L'épilation, une question d'hygiène
L’épilation est un choix, pas un gage d’hygiène. Depuis des années, les tendances en matière de bien-être et de beauté présentent les poils corporels normaux comme un signe de négligence, de manque d’hygiène ou de manque de professionnalisme. Pourtant, les poils ne sont que le résultat d’un processus naturel du corps, et non un problème qu’il faudrait justifier.
20. La mentalité du « glow-up »
Ce phénomène de « glow-up » a commencé comme une idée amusante de « avant-après » avant de se transformer en une véritable vision du monde. Il a appris aux gens à considérer leur corps actuel comme un brouillon en attente d’approbation. Mais un corps n’a pas besoin d’être plus élancé, plus mince, plus net, plus ferme ou plus photogénique pour mériter d’être habité.